Fortune et revenus
La fortune de Charles Aznavour était estimée à environ 100 millions d’euros à sa mort en 2018, selon Le Point. Le journal présentait ce montant comme vraisemblable mais invérifiable, sans inventaire de succession publié. Mort le 1er octobre 2018, le chanteur avait préparé la transmission de ses biens et pensait déjà aux droits d’auteur que ses chansons procureraient à ses petits-enfants. Son patrimoine se raconte à travers le répertoire construit de son vivant et ce qu’il a transmis.
Parcours et repères
Un enfant de comédiens, longtemps loin de la vedette
Né à Paris le 22 mai 1924, Charles Aznavour grandit auprès de parents arméniens pour qui la musique et le théâtre font partie du quotidien. Son père tient un restaurant, Le Caucase, qui accueille notamment des étudiants et des artistes. Les difficultés de l’établissement conduisent sa mère à travailler comme couturière. La scène arrive tôt : à neuf ans, Charles joue déjà avec sa sœur Aïda.
Sa carrière n’avance pourtant pas en ligne droite. Il forme un duo avec Pierre Roche, fréquente les cabarets et rencontre Édith Piaf par l’intermédiaire de l’éditeur Raoul Breton. Le Québec offre au duo une expérience décisive du spectacle, mais le retour de Charles en France ne le transforme pas immédiatement en vedette. La Fondation Aznavour retrace ces années de travail avant la reconnaissance.
Ces débuts expliquent la place prise par les chansons écrites, bien au-delà de sa propre voix. L’interprète cherche un public ; l’auteur peut donner un morceau à quelqu’un d’autre, puis le retrouver dans un autre pays et une autre langue. Sa carrière internationale reposera sur cette circulation autant que sur ses concerts.
Hier encore : le temps perdu devient une chanson mondiale
En septembre 1964, Aznavour dépose Hier encore, dont il écrit les paroles et la musique. La Sacem conserve l’histoire de ce morceau et de sa déclaration. Son narrateur regarde sa jeunesse avec regret : il a dépensé son temps, poursuivi des plaisirs et comprend tardivement ce qui lui a échappé. Le sujet est intime, mais il ne dépend pas d’un événement français pour être compris.
La maison de disques attendait surtout le succès de Que c’est triste Venise. Hier encore va pourtant voyager. Herbert Kretzmer en écrit l’adaptation anglaise, Yesterday When I Was Young. Roy Clark la fait connaître au public américain en 1969 ; Dusty Springfield et Shirley Bassey l’interprètent également. Le même point de départ produit ainsi plusieurs vies musicales.
Cette histoire rend concret le rôle d’un catalogue. Une chanson n’est pas seulement la piste d’un disque signé Aznavour. Elle devient une œuvre que d’autres artistes peuvent chanter et adapter, avec des interprétations, des publics et des carrières différents. Les titres continuent de circuler même lorsque leur créateur n’est plus sur scène. Le parcours de Renaud éclaire lui aussi les revenus de chansons diffusées longtemps après leur sortie.
She, quatre semaines au sommet britannique
En 1974, She s’impose au Royaume-Uni. Les Official Charts enregistrent quatre semaines à la première place et quatorze semaines de présence dans le classement. Pour un chanteur français, ce succès anglophone donne une mesure tangible de l’audience internationale.
Des années plus tard, la version d’Elvis Costello accompagne Coup de foudre à Notting Hill. Gérard Davoust, associé d’Aznavour dans l’édition musicale, rappelle cette seconde vie dans un entretien au Journal du Dimanche en 2024. Le changement d’interprète et le cinéma remettent la chanson devant un nouveau public. Aznavour bénéficie ainsi d’une œuvre que chacun ne découvre pas forcément en l’écoutant lui.
Son propre travail d’acteur donne un autre prolongement à sa présence. Dans Tirez sur le pianiste, en 1960, François Truffaut lui confie un rôle central. Sa filmographie comprend aussi La Tête contre les murs et Les Dragueurs. AlloCiné restitue cette activité qui accompagne, sans la remplacer, sa carrière musicale.
De l’auteur à l’éditeur, le choix de Raoul Breton
Aznavour ne laisse pas toute l’organisation de ses chansons aux autres. En 1992, il acquiert avec Gérard Davoust les éditions Raoul Breton. L’histoire a commencé plusieurs années auparavant : selon Davoust, un accord avait été conclu avec la veuve de l’éditeur, qui souhaitait conserver la maîtrise de la maison jusqu’à sa mort.
Le nom de Raoul Breton relie les débuts d’Aznavour à cette nouvelle responsabilité. Celui qui avait contribué à le faire rencontrer Piaf devient une maison dont il assure à son tour la continuité. Le catalogue comprend également des chansons de Charles Trenet, qu’Aznavour admire. Il entre donc dans une activité qui dépasse la gestion de ses seuls succès.
Ce changement de rôle ajoute l’activité d’édition à celle d’auteur et d’interprète. Les chansons deviennent aussi une responsabilité : entretenir leur diffusion et accompagner une maison déjà chargée d’histoire.
Préparer la succession sans figer les chansons
Dans l’entretien télévisé repris par Le Point en 2018, Aznavour disait avoir préparé son testament depuis longtemps. Il voulait éviter les querelles familiales autour des objets et imaginait les chansons comme une ressource pour les générations suivantes. Ce témoignage documente son intention ; il ne dévoile ni le partage final entre les héritiers, ni la valeur nette de la succession.
Les enregistrements suivent par ailleurs leur propre histoire commerciale. Le Monde rapportait en mai 2024 qu’Universal avait acquis en 2013 les droits d’exploitation de l’ensemble de son catalogue phonographique. Pour le centenaire, un coffret de cent CD réunissait ses disques, des versions étrangères et des concerts. Cette acquisition ne doit pas être confondue avec la propriété de toutes ses compositions ou de tous les biens qu’il a laissés.
La mémoire de l’artiste passe aussi par la Fondation Aznavour, créée avec son fils Nicolas, qui développe des projets culturels, éducatifs et humanitaires. L’engagement pour l’Arménie traverse cette histoire : après le séisme de 1988, Pour toi Arménie rassemble de nombreux artistes autour d’une chanson solidaire. L’œuvre transmise possède donc plusieurs usages, du disque remis en vente à l’action collective. Elle continue d’être travaillée, interprétée et présentée au public après la disparition de son auteur.
Photographie : Michaël Bemelmans, CC BY-SA 4.0. Recadrage préexistant de Wikimedia Commons ; réduction proportionnelle pour le web, sans retouche supplémentaire.
Sources et méthode
Les références qui documentent les chiffres et le parcours. Comment nous vérifions les informations.
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Par la Rédaction Fortune Stars. Signaler une erreur sur cette fiche.
