Une campagne présidentielle française commence avec de l'argent privé : l'apport du candidat, les dons des particuliers, les concours des partis et les emprunts. L'État verse ensuite une avance à tous les candidats officiellement inscrits, puis rembourse une partie des dépenses après contrôle des comptes. Le résultat dans les urnes change fortement cette dernière somme. En 2022, Valérie Pécresse a fait approuver un compte de 13,55 millions d'euros ; l'État lui a finalement accordé 785 423 euros de remboursement forfaitaire, dont 200 000 euros déjà versés en avance.
La différence entre les deux montants explique pourquoi un parti, un candidat et ses soutiens cherchent des fonds avant même de réserver une salle. Le remboursement arrive après le scrutin et ne couvre jamais indistinctement toutes les factures.
Avant le premier meeting, il faut un mandataire et un compte
Le candidat désigne un mandataire financier, personne physique ou association. Ce mandataire ouvre un compte bancaire réservé à la campagne : il reçoit les recettes et règle les dépenses. L'édition 2026-2027 du guide de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) indique que la période de financement de la prochaine présidentielle a commencé le 1er avril 2026. Cela ne dit encore rien des budgets ni des candidats qui participeront au scrutin de 2027.
La campagne peut recevoir un don d'une personne physique de nationalité française ou résidant en France, limité à 4 600 euros par personne pour l'élection entière, tous candidats confondus. Une entreprise, une association ou une collectivité ne peut pas faire de don au candidat. Un parti politique, en revanche, peut lui verser une contribution, payer directement certaines dépenses ou lui prêter de l'argent. Les emprunts bancaires sont également possibles auprès d'établissements de crédit situés dans l'Union européenne. Pour la présidentielle, le guide 2027 exclut les emprunts auprès de particuliers.
Le plafond de 7 500 euros que l'on voit parfois cité concerne les dons annuels aux partis, pas le don direct à une campagne présidentielle. Un particulier peut soutenir un parti ; le parti peut ensuite participer à une campagne selon ses propres comptes et les règles électorales. Les deux circuits sont enregistrés et contrôlés séparément.
Le plafond limite les dépenses, pas les difficultés de trésorerie
Pour 2027, la CNCCFP indique un plafond d'environ 16,9 millions d'euros pour un candidat du premier tour, porté à 22,5 millions pour les deux finalistes. Il s'agit des dépenses électorales soumises au plafond, et non d'une somme que l'État attribue à chaque candidat. Il faut financer les locaux, les déplacements, les réunions publiques, les équipes et la communication avant de connaître le montant qui sera remboursé.
Chaque candidat officiellement inscrit reçoit une avance forfaitaire de 200 000 euros. Le remboursement ultérieur dépend notamment de son score, des dépenses admises par la Commission et des fonds propres engagés dans la campagne. Même sous le plafond, une facture peut être écartée si elle ne poursuit pas l'objectif électoral, manque de justification ou entre dans un poste régi autrement. La décision sur le compte de Jean-Luc Mélenchon en 2022 en donne des exemples très matériels : la Commission a retiré des frais de voyages à l'étranger dont l'objet électoral n'était pas démontré, des impressions sans exemplaire fourni et des dépenses enregistrées deux fois.
Le cas Pécresse : des dons, un parti et un remboursement réduit
Le compte arrêté par la CNCCFP pour Valérie Pécresse distingue les dons, les versements des partis et les dépenses qu'ils ont directement prises en charge.
| Financement retenu dans le compte de 2022 | Montant |
|---|---|
| Dons de particuliers | 4,21 M€ |
| Versements définitifs de partis | 5,16 M€ |
| Dépenses payées directement par les partis et concours en nature | 3,38 M€ |
La candidate a recueilli moins de 5 % des suffrages au premier tour. Le remboursement forfaitaire maximal calculé selon la règle de 2022 était donc 800 423 euros. La Commission l'a réduit de 15 000 euros pour des irrégularités relevées dans son examen et a arrêté la somme due par l'État à 785 423 euros. Cette décision approuve le compte après réformation ; elle ne le rejette pas. L'avance de 200 000 euros était comprise dans le montant dû, non ajoutée une seconde fois.
Le contraste est frappant : une campagne peut rester sous le plafond légal, recevoir des millions de dons et de concours partisans, puis obtenir un remboursement public limité par son résultat. Les emprunts et apports mobilisés au départ doivent donc être couverts par les recettes disponibles ; le remboursement attendu n'est pas une caisse garantie à hauteur des dépenses prévues.
Le score change la part publique, mais le contrôle compte aussi
Pour la présidentielle, le mécanisme distingue les candidats qui obtiennent plus de 5 % des suffrages exprimés au premier tour des autres. En 2022, le taux de référence du remboursement forfaitaire passait de 4,75 % à 47,5 % du plafond applicable. La somme versée restait limitée par les dépenses éligibles et l'apport personnel retenu, puis pouvait être réduite après examen. La CNCCFP a publié des décisions individuelles qui permettent de lire ces calculs, dont celle de Mélenchon et celle de Pécresse.
La difficulté devient concrète au lendemain du premier tour de 2022. Sous les 5 %, Valérie Pécresse annonce être personnellement endettée à hauteur de 5 millions d’euros et lance un appel aux dons. La collecte et l’aide de son parti permettent ensuite, selon le bilan rapporté par RTL, de réunir environ 5,1 millions d’euros. Cette séquence montre le risque du financement à crédit : le candidat doit honorer ses engagements alors que le remboursement public dépend d’un scrutin qu’il ne contrôle pas.
