Posséder des actions donne une participation dans une société et les droits attachés à ces titres. Cela ne donne pas automatiquement le pouvoir de diriger l'entreprise. Il faut distinguer la part du capital détenue, les droits de vote et la fonction exercée : actionnaire, administrateur ou directeur général.
Ces trois positions peuvent être réunies chez une même personne. Elles peuvent aussi être réparties. Chez Amazon, Jeff Bezos a conservé des actions et la présidence exécutive du conseil après avoir transmis la direction générale à Andy Jassy. Chez Alphabet, les actions des fondateurs disposent de davantage de voix que celles achetées par beaucoup d'investisseurs. Pour comprendre qui décide, le nom du principal actionnaire ne suffit donc pas.
Le capital mesure une participation, pas un poste
Une action représente une fraction du capital. Son détenteur peut participer à la vie de la société selon les droits du titre, recevoir un dividende si une distribution est décidée et vendre ses actions dans les conditions applicables. Le prix de marché de sa participation peut évoluer sans qu'il exerce la moindre responsabilité dans l'entreprise.
Prenons un exemple fictif : une société compte 1 000 actions identiques et une personne en achète 100. Elle détient 10 % du capital. Si chaque action donne une voix, elle détient aussi 10 % des voix. Elle ne devient pas pour autant la responsable des recrutements, des magasins ou des investissements. Ces décisions relèvent des organes et des personnes auxquels la société les confie.
L'AMF décrit les décisions soumises aux assemblées générales : approbation des comptes, affectation du résultat, choix des administrateurs ou modification du capital. Voter sur ces résolutions permet d'agir sur l'entreprise. Ce droit n'est pas un accès direct à sa gestion quotidienne.
Les voix peuvent peser davantage que le pourcentage d'actions
Deux participations de même taille peuvent porter des pouvoirs différents. Les statuts et les règles applicables déterminent les droits attachés aux titres. Il existe notamment des droits de vote doubles et, dans certains systèmes, plusieurs catégories d'actions avec des nombres de voix différents.
Le dénominateur compte aussi. La part du capital, la part d'une catégorie d'actions et la part de tous les droits de vote ne mesurent pas la même chose. Lire un « 46 % » sans regarder la colonne peut conduire à attribuer à quelqu'un près de la moitié de l'entreprise alors que le chiffre concerne seulement une catégorie de titres.
Un actionnaire minoritaire peut peser sur un vote grâce aux alliances ou à la dispersion des autres actionnaires. Mais une capacité d'influence, une majorité des droits de vote et un mandat de directeur général doivent rester distingués. Le mot « contrôle » demande d'examiner les règles et les décisions concernées.
Trois cas datés : LVMH, Alphabet et Amazon
LVMH : une famille, davantage de voix que de capital
À la fin de 2025, le rapport annuel de LVMH indique que le groupe familial Arnault détient 49,8 % du capital et 65,9 % des droits de vote, avec les arrondis du document. Ce périmètre familial ne doit pas être transformé en détention personnelle de Bernard Arnault.
L'écart illustre pourquoi le capital seul ne suffit pas à mesurer le pouvoir en assemblée. La famille possède, à cette date, moins de la moitié du capital mais une majorité des voix. Bernard Arnault exerce par ailleurs la fonction de président-directeur général : le rôle opérationnel vient s'ajouter à la position de l'actionnariat familial.
Il s'agit d'une photographie au 31 décembre 2025, pas d'un pourcentage présenté comme inchangé aujourd'hui. La détention de titres peut évoluer par achats, ventes et opérations sur le capital. Le dossier sur les propriétaires des maisons de luxe développe ce passage des familles aux groupes et aux marques.
Le 23 avril 2026, l'assemblée de LVMH a renouvelé le mandat d'administratrice de Delphine Arnault par 94,36 % des voix exprimées, dans la résolution 5. Son nom de famille et sa place dans le groupe ne remplacent pas ce vote. Les actionnaires ont également approuvé, à 81,96 %, les éléments de rémunération 2025 de Bernard Arnault. Ce vote porte sur une rémunération de fonction, pas sur sa fortune.
Alphabet : des actions à une, dix ou aucune voix
Le document d'assemblée 2026 d'Alphabet distingue trois catégories : une action de classe A donne une voix, une action de classe B dix voix, et la classe C n'a pas de voix pour les résolutions de l'assemblée concernée.
Au 6 avril 2026, Larry Page dispose de 27,4 % du pouvoir de vote et Sergey Brin de 25,3 %. Ensemble, cela représente 52,7 %, par addition des pourcentages publiés. Pourtant, le directeur général d'Alphabet et de Google est Sundar Pichai. Les fondateurs restent administrateurs ; le pilotage exécutif est confié à une autre personne.
Le tableau de détention utilisé dans ce document exclut les actions C sans droit de vote. Les 46,5 % indiqués pour Page dans la colonne « classe B » ne représentent donc pas 46,5 % du capital total. Un investisseur peut participer économiquement à Alphabet tout en disposant de beaucoup moins de poids dans ses votes.
L'assemblée du 5 juin 2026 a réélu Pichai au conseil avec 12 220 219 180 voix pour, contre 138 074 133. Elle a aussi rejeté une proposition sur l'égalité des droits de vote : 3 847 324 128 voix pour, 8 502 953 219 contre. Le résultat établit ce qui a été voté ; il ne permet pas d'attribuer chaque voix à un fondateur.
Amazon : Bezos actionnaire, Jassy directeur général
Le document d'assemblée 2025 d'Amazon indique une détention déclarée de 9,6 % pour Jeff Bezos au 24 février 2025, selon les règles américaines de détention bénéficiaire. Ce périmètre comprend 112 032 131 actions sur lesquelles il dispose du vote sans pouvoir d'investissement : le chiffre ne mesure donc pas simplement des actions détenues pour son propre patrimoine. Andy Jassy figure avec 2 194 288 actions, moins de 1 %. Une action ordinaire donne une voix.
Bezos est président exécutif du conseil. Jassy est président et directeur général. Cette séparation avait été annoncée en 2021 par Bezos lui-même : il quittait la fonction de CEO tout en restant engagé dans des initiatives importantes d'Amazon.
La différence de participation ne rend donc pas Jassy incapable de diriger. Son pouvoir de gestion découle de sa fonction. À l'inverse, la présidence exécutive de Bezos signifie qu'il conserve un rôle institutionnel : quitter la direction générale n'équivaut pas ici à devenir un actionnaire sans responsabilité.
Le 21 mai 2025, les actionnaires d'Amazon ont réélu Jassy administrateur avec 7 689 001 013 voix pour et 81 133 843 contre. Ce scrutin renouvelle son siège au conseil ; il ne constitue pas une attribution automatique de la direction générale au détenteur du plus grand nombre d'actions.
Le conseil et la direction prennent des décisions différentes
Dans une société anonyme française à conseil d'administration, le conseil détermine les orientations de l'activité et veille à leur mise en œuvre. La direction générale représente la société et dispose des pouvoirs prévus par la loi pour agir en son nom. Le Code de commerce définit séparément ces fonctions.
Le président du conseil et le directeur général peuvent être deux personnes différentes. Quand les fonctions sont réunies, on parle de président-directeur général. Cette organisation doit être vérifiée pour chaque entreprise : les intitulés américains « executive chair » et « CEO » ne se transposent pas automatiquement en titres français identiques.
Le conseil peut choisir un professionnel qui détient peu d'actions pour diriger une entreprise détenue par une famille. Un fondateur peut céder une partie de ses titres et rester dirigeant. Ces situations deviennent compréhensibles dès que l'on examine séparément le patrimoine détenu et le mandat exercé.
Ce que les actions changent dans une fortune
La valeur d'une participation représente un actif de son détenteur. Elle ne correspond pas au chiffre d'affaires de l'entreprise ni à toute sa trésorerie. Posséder 10 % d'une société ne donne pas le droit de prélever 10 % de ses recettes à volonté.
Un dividende constitue un flux vers l'actionnaire lorsqu'une distribution est décidée. Une rémunération de dirigeant paie une fonction. Une vente de titres échange des actions contre un prix convenu. Ces trois mouvements peuvent concerner la même personne, mais ils ne racontent pas la même chose.
Le dossier sur le calcul des fortunes d'Arnault, Bettencourt et Wertheimer explique comment ces participations entrent dans une estimation patrimoniale. Les portraits de Bernard Arnault, Larry Page et Jeff Bezos se lisent avec cette distinction. Avant de conclure qu'une célébrité « possède » ou « dirige » une entreprise, les documents utiles sont ceux qui donnent la détention datée, les droits attachés aux titres et le mandat réellement exercé.
Photographie de la salle de la Bourse de Francfort, le 22 décembre 2014, pour illustrer les marchés d'actions. Pythagomath, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Redimensionnement proportionnel, sans autre retouche.
Sources et références 5 références
- LVMH : rapport annuel 2025, actionnariat à fin décembre 2025, page imprimée 167.
- LVMH : gouvernance et rôles du conseil et du comité exécutif, consulté le 3 octobre 2026.
- Alphabet : document d'assemblée 2026, détentions au 6 avril 2026 et droits des classes A, B et C.
- Amazon : document d'assemblée 2025, détentions au 24 février 2025 et règles de vote.
- Jeff Bezos : annonce de la transmission de la direction générale à Andy Jassy, 2 février 2021.


