Bernard Tapie

Entrepreneur et ancien ministre

150 M€Estimation 2016 · Challenges, via Puremédias
Nationalité
Française
Naissance
26 janvier 1943
Estimation historique
2016
Métier
Entrepreneur et ancien ministre
Bernard Tapie en costume et cravate, portrait officiel de député européen réalisé en 1994
Photo : © Union européenne / Parlement européen, portrait officiel, 1994
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Fortune et revenus

La fortune de Bernard Tapie était estimée à 150 millions d’euros dans le classement Challenges de 2016, repris à sa publication par Puremédias. Ce montant constitue un repère historique. L’entrepreneur est mort le 3 octobre 2021 et les procédures qui ont suivi son décès portent sur des actifs, des créanciers et une succession : elles ne permettent pas de lui attribuer une fortune personnelle actuelle.

L’argent racontait chez lui une histoire particulièrement mouvementée. Il a acheté des entreprises en difficulté, revendu des marques, financé une équipe cycliste et dirigé l’Olympique de Marseille. L’arbitrage Adidas lui a ensuite accordé environ 404 millions d’euros en 2008, avant son annulation et l’obligation de remboursement. Cette indemnité ne représente donc pas sa fortune nette.

Sa carrière se lit aussi dans des images : un maillot inspiré de Mondrian dans le Tour de France, une Coupe d’Europe soulevée à Munich, un débat politique avec des gants de boxe posés sur la table. Tapie cherchait le résultat, mais aussi le public devant lequel il pourrait le montrer.

Parcours et repères

Des balances, des piles et des marques à relancer

Bernard Tapie naît le 26 janvier 1943 dans le XXe arrondissement de Paris. Son père est ouvrier ajusteur, sa mère aide-soignante. L’Assemblée nationale retrace ses débuts dans la reprise d’entreprises à partir de 1977, puis la constitution de Bernard Tapie Finance en 1987. Autour de cette holding se retrouvent des produits très ordinaires : les balances Testut et Terraillon, les piles Wonder, les magasins de produits naturels La Vie Claire.

Il avait d’abord tenté une carrière de chanteur sous le nom de Bernard Tapy. Les archives de l’INA conservent cette première vie, bien avant les plateaux sur lesquels il viendra parler de ses entreprises. La scène change, mais le goût de se présenter et de convaincre restera.

Le dossier Wonder donne une idée concrète de sa manière d’aborder une acquisition. En septembre 1984, la famille propriétaire veut vendre sa participation et une société danoise est également candidate. Tapie propose de relancer l’image des piles et de développer leur présence en grande distribution. Le projet comprend aussi une réduction des coûts d’achat et des licenciements. Le vendeur de marques à sauver est donc également un dirigeant qui restructure.

Ces entreprises ne forment pas une seule industrie. Leur point commun est plutôt de disposer d’un nom connu, d’un produit identifiable et de difficultés financières. Les remettre en mouvement peut permettre de les revendre avec une plus-value. Une enquête du Monde publiée en juin 1994 décrit ce fonctionnement, mais aussi sa dépendance au crédit. Derrière l’assurance du personnage, il y a des banques, des échéances et des dettes à refinancer.

Le vélo fait entrer ses marques dans les foyers

Le sport donne à ces produits une visibilité que les vitrines de magasins ne peuvent pas offrir seules. Tapie crée l’équipe La Vie Claire autour de Bernard Hinault en 1984. Son maillot, composé de rectangles de couleurs séparés par des lignes noires, reprend l’univers du peintre Piet Mondrian. Les noms La Vie Claire, Terraillon, Wonder et LOOK circulent ainsi ensemble sur les routes.

LOOK, dont Tapie a pris le contrôle, vient du ski. La marque adapte au cyclisme le principe d’une fixation qui maintient la chaussure et permet de la libérer. Sa chronologie officielle raconte ce passage des pistes aux pédales. Tapie n’a pas inventé le dispositif : il dispose en revanche d’une équipe capable de l’exposer en compétition.

En 1985, Hinault gagne le Giro puis le Tour de France avec les pédales automatiques LOOK. Greg LeMond termine deuxième du Tour. La marque rappelle ces résultats dans son dossier consacré au maillot de 1985. Un produit nouveau devient visible sous les pieds des coureurs les plus observés du moment.

LeMond remporte à son tour le Tour en 1986. Pour le propriétaire de l’équipe, les victoires font converger deux activités : l’investissement sportif et la promotion de ses entreprises. Son nom commence aussi à voyager avec celui des champions. Cette expérience précède son arrivée à Marseille, où il va changer d’échelle et de public.

Dans Ambitions, l'entreprise devient une émission

Le 28 février 1986, TF1 diffuse Ambitions depuis la salle Marcel-Cerdan de Bercy. Tapie y reçoit Fabienne Vernon, une jeune porteuse de projet qui veut produire du compost grâce à des vers. Le catalogue de l’INA décrit précisément cette émission : une étude de marché, des spécialistes du marketing, des conseils juridiques et des banques interviennent autour de l’idée.

L’exercice n’est pas une simple conversation sur la réussite. Des téléspectateurs proposent leurs services par téléphone, comme ingénieur, distributeur ou commercial. Jacques Séguéla participe au choix du nom « Humusclé », du conditionnement et du slogan. À l’antenne, le projet prend une forme que l’on pourrait reconnaître dans un magasin.

Tapie occupe la place de celui qui met les gens en relation et accélère les décisions. Le direct fait entrer le financement et la vente dans un spectacle accessible à un large public. Sa notoriété ne dépend plus seulement de ses acquisitions : il peut désormais incarner la promesse de créer une entreprise.

L'OM, jusqu'à la tête de Basile Boli

Il arrive à la présidence de l’Olympique de Marseille en 1986. L’équipe cycliste lui avait apporté des succès internationaux ; le football lui donne une ville, un stade et une ferveur quotidienne. Les souvenirs sportifs réunis par L’Équipe à sa mort replacent ces deux investissements dans le même parcours.

L’OM atteint la finale de la Coupe d’Europe en 1991, mais perd aux tirs au but contre l’Étoile rouge de Belgrade. Deux ans plus tard, le club retourne en finale face à l’AC Milan. Jean-Pierre Papin, qui avait été l’une des figures marseillaises, joue désormais dans le camp italien.

Le 26 mai 1993, au stade olympique de Munich, Basile Boli marque de la tête sur un corner. Marseille gagne 1-0. L’UEFA conserve le récit et les données de cette finale : l’équipe dirigée par Raymond Goethals, avec notamment Didier Deschamps, Fabien Barthez et Marcel Desailly, devient la première formation française à remporter la compétition.

Pour Tapie, la victoire donne un visage à sa réussite : des joueurs, une coupe, des supporteurs. Le club est bien une entreprise, mais sa valeur ne se mesure pas seulement au capital investi. Il crée aussi une popularité personnelle, comme le montrent encore les liens entre les milliardaires et les clubs de football français.

La même saison ouvre pourtant l’affaire qui va le conduire en prison. Des joueurs de Valenciennes ont été approchés avant le match du 20 mai pour ménager leurs adversaires marseillais, à quelques jours de la finale européenne. Le 28 novembre 1995, la cour d’appel de Douai condamne Tapie à deux ans d’emprisonnement, dont huit mois ferme, et trois ans d’inéligibilité. Le succès de Munich et la corruption dans le championnat restent deux faits indissociables de son passage à l’OM.

Ministre, député et adversaire de Jean-Marie Le Pen

L’homme d’affaires entre au gouvernement de Pierre Bérégovoy en avril 1992 comme ministre de la Ville. Il quitte brièvement ses fonctions à la suite d’une mise en examen, puis revient après un non-lieu. Député des Bouches-du-Rhône, il mène ensuite la liste Énergie radicale aux élections européennes de 1994, qui recueille environ 12 % des voix. Ces mandats figurent dans sa notice parlementaire.

La télévision reste son principal terrain de confrontation. Il y affronte Jean-Marie Le Pen, dont il combat les idées, avec une aisance acquise dans des émissions où il sait prendre la parole et répondre vite.

Le 1er juin 1994, Paul Amar organise leur débat sur France 2. Le journaliste pose deux paires de gants de boxe devant les invités. L’archive de l’INA montre leur réaction : Tapie refuse l’accessoire et rappelle que la politique est sérieuse. La séquence résume une difficulté de sa carrière publique. Son tempérament attire le téléspectateur, au risque que le combat verbal prenne toute la place dans la mise en scène.

Adidas, l'achat qui devient une affaire d'État

En 1990, Tapie achète Adidas avec un financement bancaire. L’équipementier allemand est un changement de dimension après les balances, les piles et les magasins bio. Lorsqu’il devient ministre, il décide de se séparer de la marque et confie sa vente au Crédit lyonnais. La cession intervient en 1993.

Il accuse ensuite la banque de l’avoir lésé dans l’opération, alors que Robert Louis-Dreyfus finit par prendre le contrôle d’Adidas. Le différend produit des années de procédures. La chronologie du JDD en six étapes permet de suivre le passage d’une vente d’entreprise à un contentieux impliquant la puissance publique : le Consortium de réalisation, chargé des actifs compromis du Crédit lyonnais, devient l’un des acteurs du dossier.

En 2008, trois arbitres privés accordent aux époux Tapie et aux sociétés du groupe une indemnisation d’environ 404 millions d’euros, intérêts compris. Les travaux de l’Assemblée nationale sur l’arbitrage distinguent notamment le préjudice économique et 45 millions d’euros de préjudice moral. Additionner cet argent à une estimation de patrimoine reviendrait à compter une indemnité comme si elle était un actif durablement acquis.

L’arbitrage est rétracté en 2015. Les décisions civiles imposent la restitution des sommes, et le contentieux examiné par la Cour de cassation en 2021 confirme la persistance de cette obligation pour les sociétés concernées. Les intérêts et les créances suivent leur propre calendrier. C’est cette charge qui rend trompeuse toute photographie de ses seuls biens immobiliers.

Après la prison, un rôle avec des menottes

Tapie revient devant un public par le cinéma et le théâtre. Dans Hommes, femmes : mode d’emploi, sorti en 1996, Claude Lelouch le fait jouer aux côtés de Fabrice Luchini et de Pierre Arditi. La fiche du film chez Larousse atteste cette rencontre entre l’ancien dirigeant de l’OM et des acteurs de métier.

À la fin des années 1990, le metteur en scène Philippe Hersen veut travailler avec lui. Tapie refuse la comédie proposée et préfère Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il joue McMurphy, le personnage rendu célèbre au cinéma par Jack Nicholson. Hersen racontera au Parisien, en octobre 2021, ce retour sur scène avec des menottes, peu après l’expérience de la prison.

Le metteur en scène décrit un interprète instinctif, capable de repartir quand le texte lui échappe, mais très exigeant sur la ponctualité des répétitions. La troupe découvre un comédien qui apporte son histoire avec lui. Il jouera aussi Oscar, avec sa fille Sophie, que Hersen dit avoir auditionnée avant de la retenir.

Dans Un beau salaud, en 2004, il incarne un homme qui ment et entretient plusieurs liaisons. Un reportage contemporain du Parisien souligne l’autodérision du choix : le rôle utilise l’image que le public se fait déjà de lui. Puis TF1 lui confie Commissaire Valence. Dans cette série policière, il dirige une équipe d’enquêteurs. Le registre change encore, tout en lui donnant une position de chef immédiatement reconnaissable.

La Provence, un dernier ancrage marseillais

Il retrouve le monde des affaires par la presse. En 2012, il s’associe au groupe Hersant, avant de prendre seul le contrôle de La Provence en 2013. BFM décrit alors le partage des journaux entre les partenaires. Ce retour le rattache à Marseille par un autre rendez-vous quotidien que le football : le journal régional.

La propriété du titre ne garantit pas que celui-ci restera dans sa famille. Après sa mort, les parts détenues par sa holding en liquidation sont vendues. CMA CGM, dirigé par Rodolphe Saadé, rachète le groupe de presse en 2022, une opération confirmée dans ses résultats annuels. Le passage de témoin appartient à l’histoire des actifs du groupe Tapie, au-delà de celle de son fondateur.

Des biens, des dettes et une famille après lui

Au décès, Libération évalue les biens connus de Tapie à environ 300 millions d’euros, une estimation reprise par La Dépêche le 6 octobre 2021. C’est un patrimoine brut recensé, avant les dettes. Le même article rappelle que l’hôtel de Cavoye, à Paris, a été vendu à François Pinault pour 80 millions d’euros dans le cadre de la liquidation. Le prix de vente ne devient pas pour autant une somme librement disponible pour les héritiers.

Tapie laisse son épouse Dominique et quatre enfants, Nathalie, Stéphane, Sophie et Laurent. La présence de résidences coûteuses et de participations ne suffit pas à déterminer ce qu’ils reçoivent : les créanciers et les procédures interviennent avant qu’un actif puisse être traité comme un héritage net.

Dans ses dernières années, le cancer l’éloigne progressivement de la scène. En 2018, il dit au Parisien vouloir y remonter. Il raconte avoir retrouvé Pierre Arditi dans un avion après le diagnostic : l’acteur jouait justement le médecin qui annonçait une maladie à son personnage dans le film de Lelouch.

Un retour prévu aux Folies Bergère est reporté en février 2020 à cause de son traitement. Jusqu’au bout, ses projets prennent cette forme très concrète : apprendre un texte, retrouver une troupe, se présenter devant une salle. La fortune laisse un dossier compliqué ; les entreprises, les victoires et les rôles laissent des scènes que le public peut encore revoir.

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Sources et méthode

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Par la Rédaction Fortune Stars. Signaler une erreur sur cette fiche.