Jacques-Antoine Granjon

Entrepreneur

1,2 Md€Estimation · Lama Fortune
Nationalité
Française
Naissance
9 août 1962
Lieu de naissance
Marseille
Métier
Entrepreneur
Jacques-Antoine Granjon lors de la conférence LeWeb, à Paris, en décembre 2011.
Photo : Vincent « Kmeron » Philbert / OFFICIAL LeWEB PHOTOS, CC BY 2.0, recadrage
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Fortune et revenus

La fortune personnelle de Jacques-Antoine Granjon est estimée à 1,2 milliard d’euros par Lama Fortune, dans son classement des business angels actualisé en juin 2026. Cofondateur de Veepee, l’ancien Vente-privée.com, il a bâti son patrimoine en changeant la façon dont les marques écoulent leurs invendus. Challenges indique en juillet 2026 qu’il conserve 30 % du groupe et investit aussi personnellement dans des start-up.

Avant les ventes qui ouvrent sur un téléphone, il y a eu des cartons de vêtements, des entrepôts et des années de commerce de gros. Granjon connaissait déjà ce métier lorsqu’il l’a transporté sur Internet. Son pari consistait à vendre des produits moins chers tout en leur donnant une présentation que les marques accepteraient. Pour y parvenir, il a fallu convaincre autant les fournisseurs que ses propres associés.

Parcours et repères

Un soldeur avant d’être un patron du Web

Né à Marseille le 9 août 1962, Jacques-Antoine Granjon rencontre Julien Sorbac à l’European Business School. En 1985, les deux hommes créent Cofotex avec 20 000 francs de départ. Ils achètent des fins de série et revendent les lots à des professionnels du déstockage. Ce travail leur apprend à négocier les volumes, à reconnaître les marchandises qui trouveront preneur et à tenir compte des saisons. Le futur site part de cette expérience commerciale.

En 1996, leur entreprise s’installe dans les anciennes imprimeries du journal Le Monde, à La Plaine Saint-Denis. Ce vaste bâtiment industriel restera associé à Granjon, même lorsque l’entreprise aura changé d’échelle. La marchandise y a d’abord davantage d’importance que les écrans.

L’idée des ventes privées en ligne vient aussi d’une scène de commerce très concrète. Dans un portrait de La Tribune, Granjon raconte avoir observé une longue file devant une vente privée de chaussures Weston. Des clients attendent pour accéder à une bonne affaire, dans un cadre réservé. Il imagine déplacer ce rendez-vous sur Internet. Les membres n’auraient plus besoin de se rendre dans un lieu unique et le marchand pourrait atteindre beaucoup plus de monde.

Le projet que les associés ont failli abandonner

Le premier essai numérique est coûteux. Selon le Journal du Net, Granjon prend en 2000 une participation dans Just Trade It, un projet de vente sur Internet qui s’arrête six mois plus tard. L’argent engagé est perdu. L’année suivante, il lance Vente-privée.com avec les associés issus de Cofotex. Cette fois, ils exploitent eux-mêmes leur connaissance des stocks et des marques.

Les débuts restent difficiles. Les fournisseurs craignent de dégrader leur image en montrant leurs produits soldés sur un écran. Les visiteurs ne suffisent pas encore à faire tourner le modèle. Le projet provoque même un vote entre associés : une courte majorité décide de poursuivre. Cette hésitation compte dans l’histoire de l’entreprise. Vente-privée aurait pu rester une expérience abandonnée par des grossistes qui avaient déjà une activité.

Une opération avec la marque de lingerie Lise Charmel contribue à débloquer la situation. Les clients affluent, donnant aux associés la preuve qu’une marque peut susciter une forte demande dans ce format. Puis la diffusion de l’ADSL en 2004 facilite l’accès aux photographies et aux ventes. Un site dont la présentation était difficile à apprécier avec une connexion lente devient beaucoup plus simple à parcourir.

Faire désirer un invendu

Vente-privée rassemble plusieurs intérêts autour d’une même opération. La marque dispose d’un stock à écouler ; le client cherche une réduction ; le site organise une vente limitée, généralement de trois à cinq jours. L’échéance et les quantités disponibles donnent un rythme à l’achat. L’offre change, ce qui encourage les membres à revenir.

Le soin apporté à la présentation est essentiel. Un invendu conserve son nom de marque, ses photographies et une mise en scène. Le magasin de déstockage devient une vitrine numérique. Dans un entretien publié par La Poste en 2025, Granjon rappelle le rendez-vous du matin, lorsque les membres découvrent les nouvelles ventes. Ce qui était une activité entre grossistes et revendeurs entre ainsi dans les habitudes des particuliers.

La suite de l’achat demeure très matérielle. Il faut recevoir les produits, préparer les commandes et livrer les colis. Granjon souligne le rôle de Colissimo dans le développement de l’entreprise. La vitrine peut être numérique ; sans une organisation capable d’expédier les achats, la promesse commerciale ne tient pas. Ses premières années dans le textile lui ont donné une familiarité avec cette partie du métier.

Ouvrir le capital, garder les fondateurs aux commandes

Le développement de Vente-privée fait entrer des investisseurs au capital. Summit Partners arrive en 2007, puis Qatar Holding et Sofina. La biographie publiée par Veepee souligne que les fondateurs et associés historiques restent majoritaires après ces ouvertures. Granjon construit donc une entreprise avec plusieurs actionnaires, tout en conservant un poids personnel important.

Le cas de Sofina montre comment les acquisitions et le financement se croisent. Le groupe belge avait investi dans Privalia, un spécialiste des ventes privées. Lorsque Vente-privée rachète Privalia en avril 2016, Sofina cède sa participation. Il engage ensuite des discussions pour devenir actionnaire minoritaire de l’acquéreur. L’investisseur connaissait déjà le secteur et avait travaillé avec les dirigeants de Privalia ; il accompagne désormais un ensemble plus large, avec une représentation au conseil et au comité stratégique.

La participation de 30 % attribuée à Granjon par Challenges en 2026 explique pourquoi Veepee reste au cœur de sa fortune. Ses investissements dans d’autres entreprises complètent ce patrimoine. Les sources consultées ne permettent pas d’établir son salaire annuel ou le montant de ses dividendes personnels.

L’Amérique abandonnée, l’Europe réunie

Vente-privée tente aussi l’aventure américaine avec American Express. Le site démarre aux États-Unis en 2011, mais l’expérience prend fin en 2014. D’après le compte rendu d’Emerce, qui reprend les explications publiées par Fortune, les partenaires jugent le chemin vers la rentabilité plus long que prévu. Il aurait fallu engager davantage de moyens pour continuer.

L’épisode tranche avec l’image d’une croissance continue. Le modèle français ne suffit pas à garantir un succès dans un autre marché, même avec un partenaire connu. La fermeture évite de prolonger un projet auquel les associés américains ne souhaitent plus consacrer les investissements nécessaires.

En Europe, Vente-privée élargit au contraire son implantation par des acquisitions, dont Vente-exclusive et Privalia. L’ensemble réunit alors des noms déjà connus dans leurs pays. En janvier 2019, la marque Veepee remplace progressivement les différentes enseignes européennes. Ce changement doit donner une identité commune à un groupe construit par rapprochements. Pour Granjon, l’étape suivante consiste à faire fonctionner ensemble les entreprises acquises, au-delà du nom affiché sur leurs sites.

Le chantier technique derrière Veepee

Cette intégration concerne aussi les outils de travail. En 2021, la Banque européenne d’investissement annonce un prêt de 80 millions d’euros à Veepee pour soutenir sa transformation numérique et ses innovations. Le programme porte notamment sur la consolidation des plateformes, la gestion des stocks, les commandes et la logistique.

Les ventes éphémères imposent une contrainte particulière : les produits et les volumes changent sans cesse. Réunir les systèmes doit aider les équipes à traiter cette diversité à l’échelle européenne. Le prêt finance un programme de développement de l’entreprise ; il ne constitue pas une somme versée personnellement à Granjon. La BEI mentionne également des projets de seconde main et de réduction de l’empreinte environnementale.

Une école avec Niel et Simoncini

En 2011, Granjon crée l’École européenne des métiers de l’Internet, l’EEMI, avec Xavier Niel et Marc Simoncini. L’école raconte que le projet est né d’une conversation entre les trois entrepreneurs autour de leurs difficultés à recruter.

Ils dirigent des entreprises du numérique, mais cherchent des personnes capables d’en comprendre les différents métiers. L’EEMI organise sa formation autour du développement Web, du design et du marketing. Elle défend une combinaison de spécialisation et de connaissance des autres disciplines : un développeur, un designer et un responsable marketing doivent pouvoir travailler ensemble. Granjon prolonge ainsi son activité de dirigeant par une initiative tournée vers les compétences dont ces entreprises ont besoin.

De l’art dans une ancienne imprimerie

Le siège de Saint-Denis reflète aussi un goût personnel. Un portrait de La Tribune publié en 2009 décrit les tableaux, sculptures et œuvres contemporaines présents dans les bureaux, les couloirs et jusque dans l’ascenseur. Granjon veut que les salariés travaillent au contact de cet univers. L’ancienne imprimerie offre un décor inhabituel pour une entreprise de commerce en ligne, avec l’art au milieu des espaces de travail.

Son intérêt pour le spectacle le conduit également à investir dans des théâtres. Le Journal du Net rapporte l’acquisition du Théâtre de Paris en 2013 puis de la Michodière en 2014, avec Richard Caillat et Stéphane Hillel. Ces projets ajoutent une activité culturelle à son parcours de marchand.

Un dernier détail paraît surprenant chez le cofondateur de Veepee. Dans l’entretien avec La Poste, il explique acheter lui-même uniquement en magasin, alors que son épouse Éléonore utilise les achats en ligne. Le patron qui a fait entrer les ventes privées dans les habitudes numériques continue donc, pour ses propres courses, à pousser la porte des boutiques.

Photo : Vincent « Kmeron » Philbert / OFFICIAL LeWEB PHOTOS, LeWeb, Paris, 9 décembre 2011. CC BY 2.0, recadrage.

Sources et méthode

Les références qui documentent les chiffres et le parcours. Comment nous vérifions les informations.

Consulter les sources5 références
  1. Lama Fortune — Classement des business angels, actualisé le 12 juin 2026
  2. Challenges — Jacques-Antoine Granjon, classement 2026
  3. Veepee — Biographie du fondateur
  4. BEI — Prêt de 80 millions d’euros à Veepee, 2021
  5. EEMI — Retour sur l’histoire de l’école, 10 juin 2022

Par la Rédaction Fortune Stars. Signaler une erreur sur cette fiche.