Patrick Drahi

Entrepreneur

6,5 Md€Estimation 2026 · Forbes
Nationalités
Française, israélienne et portugaise
Naissance
1963 à Casablanca, au Maroc
Entreprise
Fondateur d’Altice
Métier
Entrepreneur
Patrick Drahi prononçant un discours à l’École polytechnique le 24 juin 2015
Photo : Jérémy Barande / École polytechnique, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0, recadrage
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Fortune et revenus

La fortune de Patrick Drahi est estimée à environ 6,5 milliards d’euros au 3 octobre 2026, soit 7,3 milliards de dollars selon Forbes. Le fondateur d’Altice a construit son groupe en rachetant des réseaux câblés et des opérateurs télécoms. Il est aussi l’actionnaire majoritaire de Sotheby’s, la maison de ventes aux enchères passée sous son contrôle en 2019.

Chez Drahi, l’emprunt appartient à l’histoire dès la première entreprise. Il raconte avoir financé le capital de Sud Câble Services avec un prêt étudiant de 50 000 francs. Vingt ans plus tard, cette méthode a changé d’échelle : les achats de SFR, puis de réseaux américains, ont placé Altice parmi les grands groupes de télécommunications. Les années récentes racontent le mouvement inverse, avec la vente de BFM et RMC et la négociation d’une cession de SFR.

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Les familles qui possèdent les médias français

Parcours et repères

Un ingénieur qui choisit le câble quand il ne fait plus rêver

Né à Casablanca dans une famille de professeurs, Patrick Drahi arrive en France en 1978 et poursuit ses études à Montpellier. Il entre à l’École polytechnique en 1983, puis se forme aux télécommunications. La fibre optique l’intéresse avant de devenir une promesse commerciale familière : devant les députés, il se souvient d’avoir visité le réseau tout optique de Biarritz dès 1984.

Son métier le conduit d’abord chez Philips, où il travaille dans le marketing international du câble et du satellite, puis chez Kinnevik-Millisat, pour développer des réseaux en France et en Espagne. En 1993, il fonde une société de conseil spécialisée dans les télécommunications et les médias. Viennent ensuite Sud Câble Services, en 1994, et Médiaréseaux, en 1995.

À ce stade, développer le câble signifie aussi convaincre des collectivités de lui confier un réseau. Les abonnés reçoivent de la télévision ; avec l’évolution des équipements, le même ensemble pourra leur apporter Internet et la téléphonie. Drahi s’intéresse aux infrastructures existantes et aux services supplémentaires qu’elles peuvent transporter.

Dans son audition à l’Assemblée nationale en mai 2015, il explique son départ des grands groupes par la lenteur des décisions. La petite SARL lui donne la liberté d’agir, mais demande de trouver lui-même l’argent. Le capital de 50 000 francs empruntés est le début de cette histoire, bien avant les milliards.

Acheter des opérateurs, puis les faire travailler ensemble

Altice naît au début des années 2000. Drahi rassemble des activités télécoms par acquisitions, en France puis à l’étranger. Numericable devient le point d’appui français. Le groupe peut proposer aux clients plusieurs services sur ses réseaux et cherche à peser davantage dans chaque marché où il s’installe.

Le rachat de SFR lui ouvre une autre dimension. Numericable apporte le câble ; SFR apporte notamment un réseau mobile, des abonnés et des activités pour les entreprises. L’opération avec Vivendi se réalise en novembre 2014. Le câblo-opérateur se retrouve ainsi associé à une marque connue bien au-delà des foyers raccordés à son réseau.

La croissance exige des financements que Drahi obtient largement par l’emprunt. Les revenus des entreprises acquises doivent ensuite permettre de payer les intérêts, d’investir et de rembourser. Ce mécanisme donne une puissance d’achat considérable, mais laisse moins de liberté lorsque l’activité ralentit ou que le financement devient plus coûteux.

En juin 2016, devant le Sénat, Drahi résume son rapport au risque avec une phrase frappante : « Je dors mieux aujourd’hui avec mes 51 milliards de dettes ! » Il compare son groupe, ses clients et son activité à ses débuts, lorsqu’il avait une dette et aucun chiffre d’affaires. Dans la même audition, il défend une construction industrielle de long terme et conteste l’assimilation de sa méthode à celle d’un fonds qui achète pour revendre.

L’expansion traverse aussi l’Atlantique. Altice acquiert des activités de Suddenlink et de Cablevision ; la branche américaine entre en Bourse en 2017, puis se sépare d’Altice Europe en 2018. Elle s’appelle aujourd’hui Optimum Communications, après son changement de nom en novembre 2025. Son rapport annuel 2025 indique qu’elle reste contrôlée par Drahi à travers Next Alt. Les services d’accès à Internet, de télévision et de téléphonie américains appartiennent à une société distincte du groupe français qui négocie la vente de SFR.

BFM et RMC : des contenus à la cession

Drahi n’est pas arrivé dans les médias directement par une grande chaîne nationale. Lors de son audition sur la concentration des médias en février 2022, il revient sur Canal Coquelicot, une chaîne locale lancée en 1995 à Marne-la-Vallée. Elle faisait partie du réseau câblé et traitait de l’information du territoire. Le réseau distribuait les programmes ; une chaîne propre donnait aussi un contenu à regarder.

Il présente dans cette même audition l’achat de BFM comme le prolongement économique de son métier de distributeur. Ce rapprochement entre réseaux et contenus suscite les questions des sénateurs : posséder l’accès à l’abonné et les médias diffusés rassemble plusieurs étages d’un même secteur. Drahi affirme alors que son investissement répond à une logique d’activité plutôt qu’à une recherche d’influence. C’est sa position devant la commission, pas une conclusion sur les effets de cette propriété.

Le portefeuille a depuis changé. Le 2 juillet 2024, CMA CGM et Merit France finalisent l’acquisition de 100 % d’Altice Media, le groupe des marques BFM et RMC. Le prix annoncé pour cette opération est de 1,55 milliard d’euros. BFM et RMC ne sont donc plus des actifs de Drahi.

Cette cession fait entrer les chaînes dans l’ensemble de Rodolphe Saadé. Notre dossier sur les familles qui possèdent les médias français permet de retrouver ces changements de propriétaires et les sociétés qui détiennent les titres.

SFR : la dette se négocie aussi en parts de capital

Altice France achève sa restructuration financière le 1er octobre 2025. Les prêteurs acceptent d’effacer une partie de leurs créances en échange d’une participation au capital. L’Agefi rapporte une réduction de dette de 8,6 milliards d’euros et l’attribution de 45 % du capital aux créanciers.

La présentation financière d’août 2026 montre la structure issue de cette opération : Altice France Holding détient 55 % d’Altice France Lux 3, la nouvelle tête du groupe français ; les autres actionnaires en possèdent 45 %. Drahi conserve donc le contrôle à travers sa holding, tout en partageant désormais la propriété de cet ensemble. Ces pourcentages portent sur une société, pas sur une fraction directement calculable de sa fortune personnelle.

SFR continue entre-temps à perdre des clients. Au deuxième trimestre 2026, le groupe annonce une baisse nette de 89 000 clients fixes et de 84 000 clients mobiles hors prépayé. Sa dette nette consolidée pro forma atteint environ 15,87 milliards d’euros au 30 juin 2026. La restructuration a modifié les financements ; elle n’a pas supprimé la nécessité de conserver les abonnés.

Un protocole signé le 6 juin 2026 prévoit que Bouygues Telecom, Free–Iliad et Orange acquièrent les activités télécoms d’Altice en France métropolitaine, sur une valeur d’entreprise de 20,35 milliards d’euros. Les actifs doivent être répartis entre les trois opérateurs. Le projet exclut notamment les activités ultramarines, XpFibre et UltraEdge. Le nom de Xavier Niel apparaît désormais du côté des acquéreurs, par le groupe Iliad.

Au 3 octobre 2026, la vente ne peut pas être présentée comme réalisée. L’Autorité de la concurrence examine trois opérations distinctes, liées entre elles ; les résultats publiés par Altice en août parlent encore du protocole. Lors de l’annonce, Orange envisageait une finalisation au second semestre 2027, sous réserve des autorisations. La valeur annoncée de SFR mesure l’entreprise concernée par l’accord : elle n’est pas un paiement personnel de 20,35 milliards à Drahi.

Sotheby’s : devenir propriétaire du lieu où l’on vend l’art

En 2019, Drahi achète Sotheby’s par BidFair, une société qu’il possède. La maison organise des ventes d’art et d’objets de luxe, en mettant en relation vendeurs et acheteurs. Il acquiert une entreprise d’enchères, avec ses spécialistes et son réseau, plutôt qu’une collection de toutes les œuvres qui passent dans ses salles.

L’accord annoncé en juin prévoit 57 dollars par action, pour une valeur d’entreprise de 3,7 milliards de dollars. Les actionnaires sont payés en numéraire et Sotheby’s quitte la Bourse. Le transfert de propriété devient effectif le 3 octobre 2019, après 31 ans comme société cotée. Dans le communiqué d’acquisition, Drahi se présente comme un collectionneur de longue date, décidé à posséder une entreprise qu’il admire.

Le rapprochement avec François Pinault, propriétaire de Christie’s par Artémis, se fait ici sur une activité précise : les deux hommes possèdent les grandes maisons rivales du marché des enchères. Leur investissement ne se résume pas à l’achat d’un tableau prestigieux.

En 2024, Sotheby’s accueille ADQ, une société d’investissement d’Abou Dhabi, comme actionnaire minoritaire. Des actions nouvelles financent l’opération ; Drahi apporte également des capitaux et reste majoritaire. L’investissement combiné représente environ un milliard de dollars, selon l’annonce des parties et le cabinet qui accompagne sa clôture. Cette somme va à Sotheby’s : elle n’est pas un milliard de revenus personnels encaissés par son propriétaire.

Retour à Polytechnique, avec un bâtiment pour entreprendre

La relation de Drahi avec Polytechnique se poursuit après ses études. En 2015, sa fondation, qui porte aussi le nom de Lina Drahi, apporte cinq millions d’euros pour soutenir l’entrepreneuriat. Deux millions avaient déjà financé des cours en ligne. Le bâtiment Drahi-X Novation Center accueille un incubateur, un accélérateur et des espaces de prototypage.

En septembre 2019, Drahi participe à l’inauguration de son extension et annonce un nouveau don de trois millions d’euros. L’objectif est très concret : donner aux étudiants et aux chercheurs des locaux et un accompagnement pour transformer leurs projets en entreprises. Un ancien élève qui avait quitté les grands groupes pour créer sa société finance désormais un lieu où d’autres peuvent faire leurs premiers essais.

Photographie : Patrick Drahi à l’École polytechnique le 24 juin 2015. Jérémy Barande / École polytechnique, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Recadrage vertical et réduction de définition ; dérivé sous la même licence.

Sources et méthode

Les références qui documentent les chiffres et le parcours. Comment nous vérifions les informations.

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Par la Rédaction Fortune Stars. Signaler une erreur sur cette fiche.